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Être un « vrai homme » ou l'obstacle imposé des émotions

Dernière mise à jour : 15 nov. 2023

Par leur socialisation respective, les hommes et les femmes se voient attribuer des rôles sociaux qui demeurent à ce jour relativement rigides et dépendants du genre. C’est ce système social qui nous familiarise dès notre plus jeune âge aux expressions du type « un vrai homme » ou « pleurer comme une femme ». C’est-à-dire que certains comportements sont attendus des hommes, alors que d’autres le sont des femmes.

Parmi ceux-ci, la masculinité traditionnelle vient avec l’idée que « ‘‘les vrais hommes’’ n’éprouvent pas ou n’expriment pas de sentiments » (hooks, 2004). Cette croyance, qui affecte le développement affectif des hommes, contribue alors à faire obstacle à ceux qui souhaitent consulter, contrairement aux femmes qui ont davantage appris à demander de l’aide et à exprimer leurs émotions.


Cette conception sociale place également l’homme dans un rôle de ‘’pourvoyeur’’, c’est-à-dire qu’il est attendu de lui qu’il travaille pour soutenir le foyer. En effet, « les hommes sont formés à l’art d’être responsables et de subvenir aux besoins matériels des autres » (hooks, 2004). La masculinité traditionnelle amène alors plusieurs conséquences chez l’homme, comme la nécessité de se débrouiller seul lorsqu’il rencontre un problème. Cette attente sociale de « débrouillardise » le pousse également vers une recherche de solution rapide et efficace face aux problèmes qu’il rencontre, sans rentrer en profondeur dans la résolution entourant cet enjeu.


Mais qu’en est-il de l’apprentissage de ses émotions, de l’empathie, du soin? Ces lacunes peuvent expliquer en partie pourquoi, lorsque la maladie entre par la porte d’entrée, l’homme peutperdre ses repères. Ayant souvent connu un rôle de pourvoyeur, loin du travail émotionnel, les hommes peuvent rapidement se sentir dépassés par des contextes de proche aidance qui n’offrent que très peu de solutions rapides et efficaces et qui peuvent leur demander d’apprendre de nouveaux rôles : l’écoute, le soutien émotionnel, la prise en charge complète des tâches domestiques, l’organisation, et bien plus. Cela peut amener beaucoup de malaises face à l’apprentissage, à un âge plus avancé, de ces tâches qui n’ont jamais fait partie de leur quotidien. De plus, l’impossibilité de trouver une solution pour « régler » la maladie qui atteint la personne aidée peut susciter autant de l’inconfort que de la frustration, ou encore, un sentiment d’impuissance.


Avec l’héritage des qualités qui lui ont été transmises, l’homme proche aidant aura ainsi généralement beaucoup de difficultés à aller «déranger les autres» pour parler de la maladie. Dans un tel contexte, il est entièrement normal qu’il puisse trouver difficile d’exprimer ses émotions qu’il a majoritairement appris à dissimuler, sauf quelques-unes comme la colère, souvent associée au comportement d’un «vrai» homme.


Malgré ces obstacles, certains courageux iront consulter, mais seront rapidement confrontés aux nouvelles manières de concevoir les choses proposées par l’intervention psychosociale. En effet, pour plusieurs, il sera difficile de parler de soi, de s’abandonner à ses émotions et d’exprimer ce qu’ils vivent sans demander des solutions rapides et efficaces, ce qui n’est souvent pas l’objectif de l’intervention. Face à cette nouveauté, plusieurs hommes choisiront de laisser tomber les suivis et décideront de « s’arranger seul », sans aide et sans connaissance de la maladie.


Cela dit, afin d’éviter cette triste issue, qui peut amener l’homme proche aidant plus rapidement vers l’épuisement, nous jugeons essentiel de concevoir d’autres manières de penser la masculinité. Choisissons ensemble de mettre en valeur le choix courageux et humain que font plusieurs hommes de laisser paraître leurs vulnérabilités et de valoriser leur vie affective.

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